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DERNIER DISCOURS SUR JACQUES VERGES

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DERNIER DISCOURS SUR JACQUES VERGES

J’ai prononcé ce discours il y a trois ans lors de la rentrée solennelle des avocats du barreau de Marseille. Maître Jacques Vergès était l’invité de cette cérémonie et en ma qualité de premier lauréat de la conférence du stage j’avais pu lui rendre hommage à travers ce texte.

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J’ai été fier de pouvoir croiser la route de ce géant du barreau, qui n’a pas manqué de courage. Pour le reste l’histoire jugera.

JACQUES VERGES : GRANDEUR ET DESCENDANCE

« Mesdames, Messieurs….. mon cher jacques.

Tu as écrit que tu avais plus de souvenirs que si tu avais mille ans, c’est peut être pour cela que tu as été invité aujourd’hui en qualité de témoin du monde judiciaire.

A n’en pas douter, tu es un témoin énigmatique et sulfureux à l’image troublée derrière l’épaisse fumée de tes fameux cigares, qui j’en suis certains, font l’admiration de mon cher Bâtonnier.

On t’a qualifié de stratège, de César des prétoires, mais préfèrerais tu que je te compare à Scipion qu’on disait l’africain…

Ton parcours est impressionnant : militant, résistant, écrivain, avocat,  grand avocat comme les Tixier Vignancourt, Isorni, Maurice Garcon, Robert Badinter qui ont tous été autant détestés, qu’aujourd’hui ils sont admirés.

Tu as défendu  des chefs d’Etat déchus, puissants d’un jour, vaincus du lendemain, sur qui s’abattait la bonne justice des vainqueurs.

Souvent tes clients n’étaient certes pas des exemples de vertu, mais étaient-ils la réincarnation du mal absolu ?

La faute de ces procès c’est d’avoir oublié qu’ils ne jugeaient que des Hommes.

Ne m’en veux pas si je te tutoie. Beaucoup d’avocats de ma génération ont grandi devant toi par écran interposé au son de ta voix, de tes procès, et quelque part nous sommes tous un peu tes enfants.

On te retrouvait  sans cesse à la télévision parlant des erreurs judiciaires, de la stratégie judiciaire,  de l’apartheid judiciaire….. Le soir au 20h00, tu dynamitais  audiences et faux semblants…   c’était Platoon au palais de justice! Quel spectacle ! 

Pour  l’enfant que j’étais, la justice n’était qu’un jeu et je ne comprenais pas toujours tes combats.

Il me semblait complètement absurde de se battre pour  Carlos, ce chanteur dont l’embonpoint, les salopettes multicolores et les lunettes psychédeliques m’émerveillaient… ce n’est que bien plus tard que j’ai compris…  il était le fils de Françoise Dolto, et son cas était beaucoup plus sérieux qu’en apparence. Que veux tu jacques… l’innocence de l’enfance… pardon… la présumée innocence.

J’avoue que ce n’est pas toujours facile de t’admirer ou de vouloir t’imiter.

Un jour, la maîtresse d’école me demande ce que je veux faire plus tard.

Je lui dit : « je veux être jacques Vergès ».

Elle me regarde bizarrement : « Ah oui, jacques Vergès, l’avocat, le salaud qui défend les nazis ? »

« Oui madame, celui là ! », répondis je fièrement.

A l’époque, je ne savais, ni ce qu’était un nazi, ni même qu’un salaud pouvait être lumineux.

On t’a surnommé l’avocat de la terreur ; pour moi, tu seras à jamais la terreur des fautes d’orthographes.

Te rends tu compte que tu as traumatisé toute une génération avec ton « omar m’a tuer », nous qui n’avions rien remarqué d’anormal dans cette phrase ….jusqu’à ce que tu transformes une erreur de participe passé en erreur judiciaire.

Imagine toi notre stupeur, nous qui alignions  à longueur de journée les fautes d’orthographes comme des perles, nous prenions subitement conscience que la grammaire pouvait avoir raison de l’innocence d’un homme.

J’ai suivi tes pas, je suis moi même devenu avocat. 

Ma première plaidoirie : une comparution immédiate pour un clochard, voleur de produits en grande surface, multi récidiviste.

22h00 ; le tribunal fatigué ; le procureur énervé ; mon client hébété ,et pour tout public : une escorte de police. J’étais survolté, prêt à mettre en application tout ton enseignement, je me lançais dans la défense de rupture :

« Qui étions nous pour juger cet homme ; oui, qui étaient ces juges pour accabler ce malheureux ! Si nous avions connus les mêmes infortunes, aurions nous été différents ? On le qualifiait de voleur, il n’était qu’un résistant contre l’exclusion sociale… la mort !!! »

Je vois  alors le Président se pencher vers son assesseur, et je l’entends murmurer à son oreille« c’est tout même une vieille plaidoirie »… 

N’est pas maître Vergès qui veut, et sans procès médiatique la défense de rupture n’est rien.

Témoin privilégié de tout un siècle,  tu as connu des changements majeurs depuis que tu exerces la profession.

Regarde ce que l’informatique nous permet aujourd’hui de faire en deux mouvements de doigt….  Le fameux  copier coller, il fait aujourd’hui des merveilles.  L’avocat trop pressé copiera son argumentation déjà développée dans un ancien dossier, et le juge d’instruction débordé fera de même du réquisitoire rédigé par le procureur.

Je sais que toi-même jacques, tu t’es très bien adapté à ces évolutions technologiques. J’en veux pour preuve ton inscription sur facebook. Fais-moi penser d’ailleurs de te demander si tu veux bien devenir mon ami.

Je ne veux pas influencer ton témoignage, mais tout même n’a tu pas remarqué que les médias s’intéressaient moins qu’auparavant au procès de la barbarie, aux crimes d’Etat, ou à l’anti colonialisme ?

Toutes ces guerres que tu as menées étaient belles, mais La mondialisation a renversé les perspectives et les échelles de valeurs.

N’en déplaise à notre ami Isorni, les grandes fortunes passionnent beaucoup plus que  les grandes infortunes.

Les écrans de télévisions débordent de  milliardaires, people, dirigeants de multinationales, footballeurs dont les revenus ou chiffre d’affaire dépassent parfois le PIB de certains Etats.

Je vois que certains dans la salle semblent sceptiques. Nous pourrions procéder à un sondage. Demandez autour de vous, qui connait Jérôme Kerviel et qui connait Khieu SAMPHAN (je précise que le second est un ancien dignitaire khmer rouge jugé pour crime contre l’humanité?)

Aujourd’hui, défendre Barbie, c’est bonnet 90C, botox mal placé et procès pour publicité mensongère contre son médecin.

Non, non, non, jacques fini les dictateurs,  vivent les Tradeurs !

Le mal a changé de visage :BP, AREVA, Monsanto, Morgan Stanley, Mac Donald, Philips Morris…

Viendra bientôt le temps ou toutes ces personnes morales, pas si morales, seront poursuivies pour crimes contre l’humanité.

Combien de fumeurs morts de cancer du poumon ?

Combien d’obèses adeptes des fast foods morts de crise cardiaque ?

Combien d’enfants asthmatiques ?

Combien de villes polluées dans le monde ?

Prends Bernard Madoff, condamné pour escroquerie à 150 ans d’emprisonnement… si ce n’est pas une peine digne des plus grands criminels de guerre…

Tu me diras, mais plus l’accusation est lourde, plus la défense est belle. Alors la défense à encore de beaux jours devant elle, d’autant plus que tout n’a pas réellement changé depuis que tu exerces.

La justice est toujours aussi pauvre.

Regarde la,  cette Vieille fille constamment bafouée, trainant ses guenilles. On lui promet la lune pour toujours la rabaisser. Les réformes se suivent et se ressemblent.

Aujourd’hui, l’air est à l’économie,  et qu’importe si certains jours, honteuses de se voir si nue, elle n’arrive plus à garder les yeux ouverts. C’est dans ces moments que la justice, la démocratie a un visage obscène.

Je crois que dans cette machine judiciaire l’avocat n’est qu’un être ridicule, un moustique qu’on  tolère difficilement, bruyant et irritant, empêchant de juger en paix ; mais qu’il soit timide ou turbulent, maladroit ou talentueux, l’avocat a le devoir de porter la parole de son client jusqu’à ses juges…avec  sa passion de défendre  cousue à sa robe.

Cette passion destructrice, jubilatoire, narcissique et dévorante, ne t’a jamais quittée,  tu l’as trainée toute ta vie de palais présidentiels en palais de justices, jusqu’aux salles de théâtre. Oui, les salles de théâtre, où tu te mets en scène avec la pièce que tu as écrite. On n’est jamais mieux servi que par soi même.

Tu y livres ta vision du métier d’avocat, et peut être un peu plus.

Je fais partie de ceux qui voient dans cette pièce une forme de testament, la transmission et la défense de ton héritage judiciaire et littéraire.

Tu as certes tout l’avenir devant toi, mais peut être crains tu ta mauvaise réputation,   que ta postérité te jugent mal ;

Car finalement, toi qui as vécu ta vie en contestant toute forme d’autorité, tu sais trop bien, que comme ta défense, ta descendance ne peut être qu’une descendance de rupture ».

Maître sébastien salles

Avocat Marseille.

 

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